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Tribune publiée dans les Echos le 6 juillet 2016

Au lendemain du référendum britannique, nous, jeunes français acquis à la cause européenne, sommes tristes, consternés, en colère.

Tristes de voir un pays voisin et ami, auquel nous sommes attachés malgré d’anciennes rivalités et quelques divergences de vue, s’abîmer dans l’entre-déchirement et les haines politiques.

Consternés de voir un pays dynamique, ouvert, multiculturel, s’enfoncer dans la régression économique et l’obscurantisme nationaliste. Consternés devant l’aveuglement de démagogues qui, pour construire leur succès personnel, attisent des tensions de voisinage érigées en fossés identitaires et n’hésitent pas à brader définitivement une union qui, dans un monde tourmenté, fait pourtant notre force.

 

En colère de voir pulvérisé en une nuit le fruit de plus de cinq décennies d’un patient travail de coopération entre pays frères pour créer une zone de paix, de libertés partagées, d’échange et, il faut le rappeler, de prospérité, d’innovation, de solidarité entre les peuples, dont bénéficie aussi le Royaume-Uni.

Cette amertume ne doit pas conduire à la procrastination, au pourrissement et à l’enlisement du projet européen. Le Royaume-Uni doit confirmer officiellement sa volonté de quitter l’UE. L’amputation doit être rapide et sans ambiguïté. Tout accès privilégié à tel ou tel pan du cadre européen doit être conditionné à une application des règles communes et un partage du fardeau budgétaire correspondant. C’est une question d’équité.

Cela ne doit pas nous conduire à fermer définitivement la porte. Nous devons espérer qu’un jour, le peuple britannique change d’avis et rejoigne la maison commune – aux mêmes conditions que tous les autres membres.

Plus important encore, nous devons améliorer tout ce qui ne marche pas ou pas assez bien dans l’UE. Quatre axes nous semblent prioritaires.

En premier lieu, il faut continuer à démocratiser les institutions européennes pour leur donner plus de légitimité. Il faut renforcer le Parlement européen en lui donnant le pouvoir de désigner tous les membres de la Commission européenne et de participer avec voix délibérative au Conseil européen, au côté des chefs d’État et de gouvernement nationaux. Il faut également permettre aux Parlements nationaux de désigner en leurs seins une partie des députés européens, l’autre partie restant élue au suffrage universel.

Deuxièmement, il faut poursuivre le rapprochement entre les citoyens de l’UE, non par une hypothétique uniformisation ou la création de symboles européens sans âme, mais en favorisant la mobilité, l’échange et l’expression de la diversité des cultures nationales ou régionales. Pour cela, un programme généralisant les échanges européens devrait être créé pour les lycéens. La création d’une chaîne de télévision européenne, accessible partout dans l’UE, pourrait être étudiée.

Troisièmement, il faut des gages visibles de protection au niveau européen. La sécurité des personnes et des frontières est évidemment nécessaire, par la création d’un corps commun de gardes-frontières, qui est un enjeu de solidarité vis-à-vis des pays aux frontières de l’UE, mais aussi d’une police judiciaire européenne capable de fournir une réponse crédible à la criminalité transfrontalière et aux menaces terroristes. De nouvelles protections environnementales doivent être également être suscitées, par une accélération des investissements en faveur des énergies renouvelables.

Enfin, et c’est peut-être l’essentiel, la politique sociale européenne doit passer à la vitesse supérieure. Il faut démocratiser les opportunités offertes par l’UE, le rejet de l’UE étant nourri par un sentiment que l’Europe ne profite qu’à quelques-uns. La définition d’un standard européen minimal de revenu minimum permettrait de rapprocher les niveaux de vie. La création d’une allocation européenne en faveur de la mobilité et d’un service public de l’apprentissage des langues pour tous permettrait de faire de la liberté de circulation des personnes une liberté réelle.

 

Le référendum britannique est un signal d’alarme. Relevons la tête, faisons de cet échec national une avancée collective.