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Colonne vertébrale du service public français et de l’idéal républicain depuis plus d’un siècle, le système éducatif français est à bout de souffle : les performances de la France dans les études internationales s’érodent, le corps enseignant est en proie à un malaise croissant face à la détérioration du niveau des classes et des conditions d’enseignement, les parents d’élèves ont perdu confiance dans l’éducation nationale et cherchent des substituts dans le secteur privé. Les tragiques évènements du 13 novembre dévoilent également le profond recul, dans certaines couches sociales, de l’adhésion aux valeurs républicaines.

Pour redonner à la France le meilleur système éducatif au monde et aux français, la fierté de leur école publique, Bouger les lignes revient sur neuf idées clé sur le fonctionnement du système éducatif qu’il est urgent d’affronter par une réforme structurelle ambitieuse de l’éducation nationale.

Les principales réformes préconisées : renforcer l’instruction primaire, refaire de l’excellence une valeur républicaine et égalitaire, revoir l’allocation des moyens pour les concentrer sur les vrais besoins, prendre à bras le corps la question des conditions d’enseignement et de la discipline scolaire, permettre l’individualisation des parcours et la réorientation, faire monter en gamme le métier d’enseignant, exiger l’excellence opérationnelle des établissements, revoir en profondeur la gouvernance du système éducatif en le décentralisant.

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1     « Nous avons la meilleure école du monde »

FAUX. L’enquête PISA 2012, souvent citée mais insuffisamment analysée, indique que les performances des élèves de 15 ans de notre pays reculent et se situent dans la moyenne des pays de l’OCDE en mathématique, s’améliorent quelque peu en compréhension de l’écrit et se stabilisent en science.

Les données comparatives au niveau européen ne donnent pas une image plus flatteuse du système français. La France conserve de sérieux atouts, notamment en matière de scolarisation des jeunes enfants. Pourtant, elle se situe tout juste dans la moyenne européenne en matière d’acquisition de compétence et d’échec scolaire, avec environ 13 % d’élèves sortis prématurément du système. Si les élèves français ont plus de chance d’être diplômés du supérieur que les autres élèves européens, ils sont pénalisés dans l’apprentissage des langues ou des compétences entrepreneuriales. La formation continue des enseignants y est plus faible.

Le témoignage des enseignants corrobore et complète ce tableau sombre. Bouger les lignes a échangé avec de jeunes enseignants, récemment diplômés du système universitaire et désireux de s’engager dans la profession. Leur expérience atteste des difficultés nombreuses et croissantes du système éducatif public, notamment dans le secondaire.

La déflagration des attaques survenues à Paris le 13 novembre démontre la profonde désaffiliation d’une part significative des jeunes vis-à-vis du modèle républicain, une défiance vis-à-vis de ces institutions et un rejet de ses valeurs fondamentales : égalité, laïcité et tolérance religieuse, respect des libertés individuelles et collectives, primauté du droit sur la violence.

Dans une République où l’école a longtemps constitué la pierre angulaire du progrès économique, de la promotion sociale et de la formation citoyenne, cette situation est inacceptable. La gauche ne peut plus faire semblant d’ignorer le déclassement de l’instruction publique. Pour redonner aux élèves, aux enseignants et aux citoyens la fierté en une école plus juste et plus performante, elle doit envisager aujourd'hui une réforme radicale portant sur les fondamentaux du système éducatif.

  • Faire du redressement du système éducatif français une priorité immédiate et un pilier politique du prochain quinquennat

2     « Tout se joue dans les premières années d’enseignement »

VRAI. Les problèmes rencontrés par les élèves dans la plupart des secteurs de leur scolarité secondaire trouvent leur source dans des difficultés contractées dès la première étape de l’éducation. On peut s’appuyer ici sur les témoignages concordants d’enseignants de lettres, de langues, de mathématiques, de physique, etc.

Les élèves en échec aux différentes étapes de l’enseignement secondaires sont en majorité ceux qui éprouvent des difficultés à lire, à s’exprimer correctement et à conduire des opérations élémentaires de calcul. Les raisons alléguées sont innombrables : les élèves souffrant de retard dans la maîtrise de la langue et du calcul éprouvent des difficultés à déchiffrer les consignes, à comprendre et à s’approprier des contenus plus élaborés, à maîtriser des équations, à manipuler les chronologies et les pourcentages en histoire et géographie, etc.

  • Investir relativement plus dans l’enseignement primaire, qualitativement et quantitativement

Si les difficultés scolaires ultérieures et le creusement des inégalités proviennent de la faible maîtrise dans les compétences proprement « élémentaires », en particulier en français et en mathématiques, ces investissements devront principalement être alloués à des mesures de soutien scolaire (de préférence pour des petits groupes) à destination d’élèves en difficultés.

Le renforcement de l’instruction primaire ne doit pas signifier un objectif d’élévation du niveau des programmes. Les problèmes touchant aux connaissances élémentaires qui semblent grever l’efficacité d’ensemble du système ont trait à la maîtrise du vocabulaire, de la grammaire et des opérations de calcul les plus simples. Il faut d’abord assurer que l’ensemble d’une classe d’âge maîtrise solidement les acquis de base plutôt que de chercher à élever les objectifs de niveau.Si les difficultés scolaires ultérieures et le creusement des inégalités proviennent de la faible maîtrise dans les compétences proprement « élémentaires », en particulier en français et en mathématiques, ces investissements devront principalement être alloués à des mesures de soutien scolaire (de préférence pour des petits groupes) à destination d’élèves en difficultés.

Cette priorité peut passer par une réaffectation des moyens accordés à d’autres pans du système éducatif (secondaire, supérieur).

3     « Le système français est méritocratique et lutte efficacement contre les inégalités »

FAUX. Les inégalités scolaires en fonction de l’origine sociale des élèves ont parmi leurs causes initiales et comme facteur décisif la maîtrise de la langue et du calcul. L’enquête PISA révèle une forte progression des inégalités scolaires. Elle fait notamment remarquer que la France fait partie des pays où l’accroissement des inégalités entre le stade de l’école primaire et le stade de l’enseignement supérieur s’est le plus creusé.

  • Allouer géographiquement les moyens budgétaires et humains de l’éducation nationale en fonction des caractéristiques sociales de chaque établissement

Une politique affirmative de redistribution devrait passer par une allocation prioritaire des moyens du système scolaire aux zones défavorisées. Ce principe conduirait à affecter dans les établissements les moins favorisés des enseignants expérimentés et à moduler la taille des classes afin d’assurer des groupes de taille plus réduite, comme c’est déjà le cas dans certaines classes de ZEP.

4     « Il y a un problème de discipline à l’école »

VRAI. Les renseignements recueillis auprès d’un grand nombre d’enseignants de nombreux niveaux pointent l’urgence d’un renforcement de l’autorité des acteurs de l’institution scolaire.

Dans des établissements particulièrement en difficulté, il n’est pas rare que les élèves voire les familles des élèves profèrent des menaces physiques à l’encontre du personnel enseignant ou des membres de l’administration. Dans la majorité des classes du secondaire, le temps consacré à la discipline rend difficile l’achèvement des programmes.

Les difficultés rencontrées par les enseignants face à leurs élèves découlent en grande partie du manque de soutien des administrations et du rôle ambigu joué par les parents. Les témoignages abondent où les élèves exclus de cours pour comportements inadmissibles se trouvent ramenés en classe par l’administration afin d’éviter la rédaction d’un rapport. Nombreux sont les professeurs implicitement ou ouvertement désavoués par leur hiérarchie en cas de conflit avec les élèves ou les parents d’élèves. Les chefs d’établissement sont eux-mêmes évalués sur leur capacité à faire remonter le moins de difficultés possibles. Les parents sont prompts à désavouer l’autorité scolaire.

Parler d’absence de discipline, ce n’est pas faire de l’idéologie, mais constater une grave inefficacité du système scolaire. Elle constitue un gâchis massif de compétence pour les enseignants qui ne sont plus employés à leur vrai métier. La littérature académique documente aujourd'hui de manière précise l’impact positif d’une politique volontariste de maintien de la tranquillité scolaire sur le bien-être et la performance des enfants. Les élèves chahuteurs ou qui ne prennent pas l’habitude de se plier aux règlements collectifs se trouveront défavorisés dans leurs relations sociales et professionnelles et nuisent à l’apprentissage des autres élèves.

L’indiscipline est incompatible avec la mission républicaine de l’école. Le cadre scolaire devient incapable d’incarner les principes de conduite essentiels à la formation de la conscience citoyenne, qui incluent le calme, la maîtrise de soi, l’écoute et le respect de l’autre.

  • Introduire une politique de tolérance zéro contre l’indiscipline en classe et évaluer de manière indépendante le climat de sécurité et de sérénité à l’école

La sécurité et la tranquillité doivent devenir une priorité pour les enseignants et cadres du système scolaire qui doivent être encouragés par le ministère de l’éducation nationale à traiter ces questions et non à les occulter. Leur évaluation ne doit plus être fondée sur le nombre d’incidents déclarés, mais sur une évaluation indépendante et qualitative, réalisée auprès des enseignants et des élèves, de la sérénité des classes.

  • Adapter les cadres disciplinaires et renforcer le soutien aux enseignants et aux personnels administratifs

Le régime disciplinaire des établissements, qui associe traditionnellement punitions et sanctions disciplinaires, doit être renforcé, en prévoyant une réponse systématique pour tout comportement inapproprié. Les sanctions disciplinaires lourdes doivent être réservées aux cas graves et répétés dans la mesure où elles conduisent généralement à l’exclusion de l’élève. Mais tous les manquements à la discipline doivent faire l’objet d’une réponse proportionnée.

Les enseignants doivent être accompagnés et appuyés dans le maintien de la discipline en classe, par des formations adaptées et des groupes d’échange entre enseignants, par la définition d’une politique d’établissement sur la gestion de la discipline dans les classes, par un dispositif d’intervention externe systématique et rapide lorsque l’enseignant ne parvient pas à rétablir le calme lui-même dans son cours, par l’organisation d’une interface avec les parents d’élève et les parties prenantes extérieures susceptible de protéger l’enseignant.Le régime disciplinaire des établissements, qui associe traditionnellement punitions et sanctions disciplinaires, doit être renforcé, en prévoyant une réponse systématique pour tout comportement inapproprié. Les sanctions disciplinaires lourdes doivent être réservées aux cas graves et répétés dans la mesure où elles conduisent généralement à l’exclusion de l’élève. Mais tous les manquements à la discipline doivent faire l’objet d’une réponse proportionnée.

5     « L’excellence et l’élitisme sont contraires à l’égalité des chances »

FAUX. La gauche risque d’être piégée dans un discours égalitariste anti-élitiste simpliste. Désarmés devant le déclassement du système scolaire les difficultés à corriger les inégalités, certains sont tentés de supprimer des lieux de réussite supposés être réservés à la bourgeoisie : sections bilingues, latin et grec, classes franco-allemandes (maintenues à titre dérogatoire) ou autres dispositifs pédagogiques innovants, avec l’idée louable de concentrer les moyens sur les enseignements généraux et pluridisciplinaires.

Cette politique a pourtant de nombreux inconvénients : elle réduit la palette des choix disponibles et la modularité du système, moins à même de s’adapter à la différence des niveaux et des aspirations des élèves ; elle affaiblit les instruments de promotion méritocratique, qui constituent un vecteur d’ascension sociale pour les élèves talentueux issus de milieux moins favorisés ; elle supprime la possibilité d’établir des laboratoires d’excellence capables d’améliorer la réputation des établissements et de promouvoir l’innovation pédagogique.

  • Favoriser la singularisation des parcours scolaires par la diversification des filières

La réussite du système éducatif ne signifie pas la disparition des filières d’excellence, mais au contraire leur multiplication : chaque élève doit avoir droit à rejoindre une filière lui permettant d’exercer ses talents.

Des « parcours de singularisation » doivent être développés dans chaque établissement, tant dans l’enseignement général que dans les filières technologiques et artisanales, professionnelles, culturelles ou sportives.La réussite du système éducatif ne signifie pas la disparition des filières d’excellence, mais au contraire leur multiplication : chaque élève doit avoir droit à rejoindre une filière lui permettant d’exercer ses talents.

Ceux-ci doivent allier un recrutement sélectif, qui veille à détecter les talents et à attirer les meilleurs par-delà l’origine sociale ; l’octroi de bourses au mérite sur critère social ; un programme scolaire laissant une large place à des enseignements spécialisés ; l’application de standards éducatifs alignés sur les meilleures pratiques au niveau national et international ; des instruments d’orientation permettant de concrétiser la promesse de promotion éducative et sociale (accords avec des établissements d’enseignement supérieurs, conseil personnalisé).

6      « Il faut permettre aux élèves de se réorienter »

VRAI. La diversité des classes et des filières spécialisées doit être conciliée avec une capacité de décloisonner les établissements et les parcours individuels.

  • Créer des sas de réorientation au sein du parcours scolaire

S’il faut inciter chaque élève à approfondir ses sujets de prédilection, il faut aussi lui permettre de réévaluer et de réorienter son parcours à intervalle régulier. Les enfants des classes populaires s’autocensurent fréquemment en choisissant des filières courtes supposées plus sûres et plus rentables à court terme.

Les sas de réorientation doivent être institutionnalisés aux moments charnières (passage en 6e, fin de 3e, terminale, bac+2). Ils doivent comporter des possibilités de passerelles vers d’autres types d’enseignement, sur la base du niveau acquis et avec l’aide éventuelle de cours de mise à niveau ; un conseil individualisé renforcé.

7     « Le plus important, c’est le niveau des programmes »

FAUX. Les établissements scolaires souffrent fréquemment de carences logistiques et organisationnelles qui ne permettent pas d’assurer une qualité de service suffisante. Rien ne sert de définir des programmes ambitieux si des postes d’enseignants restent vacants plusieurs mois et si les équipements à disposition des enseignants ne leur permettent pas de réaliser les travaux pratiques prévus par les programmes. Au-delà des performances éducatives, l’excellence doit également concerner le fonctionnement logistique et organisationnel des établissements, en prenant en compte l’environnement de vie des élèves.

  • Introduire un contrat d’excellence pour l’organisation et le fonctionnement logistique des établissements

Chaque établissement devrait conclure avec les autorités publiques en charge de son financement un contrat d’excellence opérationnelle qui viserait, notamment, à éviter les vacances de poste ou les absences répétées d’enseignants ou l’indisponibilité de locaux ; garantir des conditions satisfaisantes de sécurité, de restauration et de repos des élèves ; faciliter les transports vers l’établissement ; permettre l’exercice du sport et d’activités récréatives. Ces contrats devraient comporter des cibles quantitatives fréquemment auditées.

Par exemple, un objectif de 100 % de présence devant les élèves pourrait être envisagé, ce qui impliquerait la mise en place d’un système de remplacement réactif.

8     « Il faut revaloriser la condition enseignante »

VRAI. La dégradation de la condition enseignante est un constat désormais banal. Certes, les enseignants bénéficient de la sécurité de l’emploi et de vacances généreuses. Toutefois, l’attractivité financière des postes au regard du niveau de diplôme des personnels enseignants demeure faible. La détérioration des conditions d’enseignement associée aux difficultés disciplinaires et sécuritaires nuisent fortement à la motivation des possibles candidats à l’enseignement, tout comme le sentiment d’une autonomie pédagogique limitée.

Les conséquences de cette dégradation sont aujourd'hui flagrantes : le recrutement est devenu difficile, le nombre des candidats aux concours a fortement diminué et la sélection a de fait disparu. En 2000, il y avait encore 8 000 candidats au CAPES de lettre. Aujourd’hui il ne reste que 3 000 inscrits, 1 500 réellement présents aux épreuves pour 1250 places. Nombreux sont les enseignants qualifiés qui, après quelques années, jettent l’éponge, las de ne pouvoir exercer leur vrai métier.Certes, les enseignants bénéficient de la sécurité de l’emploi et de vacances généreuses. Toutefois, l’attractivité financière des postes au regard du niveau de diplôme des personnels enseignants demeure faible. La détérioration des conditions d’enseignement associée aux difficultés disciplinaires et sécuritaires nuisent fortement à la motivation des possibles candidats à l’enseignement, tout comme le sentiment d’une autonomie pédagogique limitée.

Il est impossible de s’y résigner, car la qualité et l’engagement du corps enseignant est la clé de réussite du système éducatif.

  • Améliorer les conditions de travail, revaloriser les salaires et accroître de manière modérée le temps de travail

Il faut organiser une véritable montée en gamme du statut d’enseignant. Un nouveau contrat doit être établi avec la profession, fondé sur quatre piliers : i/ un niveau de sélection initiale et de formation continue plus élevé, incluant des formations pédagogiques ; ii/ une amélioration des conditions de travail par un meilleur accompagnement de l’institution, notamment sur les aspects disciplinaires et logistiques ; iii/ un niveau de rémunération significativement plus élevé en début de carrière et dans les établissements prioritaires, associé à iv/ une augmentation modérée du temps de travail hebdomadaire et à des effectifs plus restreints, permettant de neutraliser le coût budgétaire de la réforme.

9     « Le ministère de l’éducation nationale doit demeurer la colonne vertébrale du système éducatif français »

FAUX. Le pilotage du système éducatif est aujourd'hui à bout de souffle. La politique éducative impulsée par l’État pâtit d’une incapacité à faire émerger une vision stratégique du système éducatif et d’objectifs pédagogiques ambitieux, dont l’absence est dissimulée par une succession ininterrompue de réformes inégalement structurantes et de modifications des programmes scolaires.

En micro-manageant le contenu des enseignements, les dotations horaires d’enseignements optionnels ou les questions logistiques liées à l’organisation de la rentrée et des concours, l’État s’écarte de son vrai métier : la définition de standards et la fixation d’objectifs de niveaux, l’évaluation de la qualité de l’enseignement et des conditions d’accueil des élèves.Le pilotage du système éducatif est aujourd'hui à bout de souffle. La politique éducative impulsée par l’État pâtit d’une incapacité à faire émerger une vision stratégique du système éducatif et d’objectifs pédagogiques ambitieux, dont l’absence est dissimulée par une succession ininterrompue de réformes inégalement structurantes et de modifications des programmes scolaires.

Cette schizophrénie organisationnelle se double d’un conflit d’intérêt objectif. Garant du bon fonctionnement de l’institution scolaire et des résultats obtenus, l’État ne peut se livrer à une évaluation impartiale et sincère des performances du système scolaire. En découle l’incapacité à prendre en compte les « mauvaises nouvelles » remontant du terrain, sur le plan des résultats scolaires ou de la sécurité des établissements.

Plus grave encore, comme l’ont expérimenté des enseignants interviewés par Bouger les lignes, l’administration se livre à une falsification des résultats d’examen, notamment du bac, en simplifiant à l’extrême les grilles de correction et en remontant arbitrairement les notes jugées trop faibles. Cette situation conduit à dévaloriser l’examen et plus généralement, l’échelle des compétences, et cantonne les examens nationaux à de coûteux et inutiles rites de passage.

  • Décentraliser aux régions la gestion opérationnelle de l’ensemble du système d’enseignement primaire et secondaire et accroître l’autonomie pédagogique au niveau local

L’OCDE a établi une corrélation positive entre le niveau de décentralisation et la performance éducative. La gestion opérationnelle du système éducatif primaire et secondaire pourrait être décentralisée aux régions (le cas échéant, aux départements pour les collèges), qui assurent la construction, l’entretien et le fonctionnement des lycées.

Les régions, qui bénéficient désormais d’une véritable taille critique, pourraient assurer la gestion administrative des personnels enseignants et administratifs, qui seraient placés sous leur autorité, et l’organisation des enseignements. Dans ce cadre, les établissements seraient dotés d’une autonomie accrue de définition des programmes et des maquettes pédagogiques, sous le contrôle de l’exécutif régional.

Une organisation décentralisée renforcerait la cohérence de la gestion des moyens des établissements et offrirait un suivi politique de proximité du système éducatif, renforçant la redevabilité auprès des électeurs.

  • Recentrer l’État sur la définition des standards éducatifs, le recrutement des enseignants, la péréquation des moyens budgétaires et l’évaluation

Dans ce système déconcentré, l’État ne serait pas dessaisi de toute compétence en matière éducative, mais recentré sur une fonction de définition des standards et d’évaluation et serait redevable, devant la représentation nationale, de l’évolution du niveau éducatif et du contenu général des savoirs transmis à l’école.

Il organiserait la sélection des enseignants qui, comme c’est le cas des administrateurs territoriaux, pourraient être recrutés par concours national et placés sur une liste d’aptitude, avant d’être recrutés directement par les établissements. Il contribuerait également à la formation initiale et continue des enseignants et favoriserait l’échange de bonnes pratiques entre régions.

Sans s’immiscer excessivement dans les modalités d’enseignement, l’Etat définirait des standards pédagogiques généraux et les troncs communs de disciplines devant être enseignées et les objectifs pédagogiques à atteindre à chaque niveau. Il ne serait toutefois plus prescripteur des méthodes d’enseignement et laisserait ainsi une plus large place à l’innovation pédagogique et à l’initiative locale.

Il s’assurerait de leur évaluation par l’organisation des examens nationaux et de tests des élèves. Il conserverait une fonction de contrôle externe de la qualité des conditions d’accueil et d’enseignement dans les établissements.

Afin de garantir l’égalité du système éducatif, il veillerait à la péréquation des moyens budgétaires dévolus aux régions pour la conduite de la politique éducative.